Biathlon
Thierry Dusserre : impressions de début de saison
 
 
 
 
Mardi 25 novembre 2014
 
Entretien avec Thierry Dusserre depuis son retour dans le Dauphiné
 
 
 
Thierry, le Dauphiné compte huit biathlètes dans les groupes nationaux ?
Comment les as-tu trouvés cet été ?

En l'absence de Marie Dorin encore convalescente, c'est Jean-Guillaume Béatrix, Mathieu Legrand, Anaïs et Chloé Chevalier qui ont brillé à plusieurs reprises sur les différents départs auxquels ils et elles ont participé cet été.

Simon Fourcade, jamais très à l'aise sur les skis-roues, nous a rassuré sur le sprint de Susjsoen. Même s'ils n'ont pas brillé cet été, je pense qu'Emilien Jacquelin et Guillaume Munoz devraient se faire plaisir cette saison.
 
Et les juniors/seniors dauphinois ?
Les athlètes du Team ont montré qu'ils ont un vrai potentiel pour jouer des sélections à l'étranger cet hiver. Les premières selections de la saison viennent de se dérouler et ont donné leur verdict : Mathieu Legrand, Clément Arnault et Chloé Chevalier se sont sélectionnés en IBU cup et lancent bien leur saison.

On attend avec impatience dimanche le premier relais mixte de la saison avec Simon et Anaïs au départ. Je pense aussi que Vincent Mathieu, Thibaut Ogier, Yohan Huillier, Laurane Sauvage et Léa Ducordeau auront une carte à jouer sur neige et devraient faire parler d'eux cet hiver.
 
Et qu'en est-il pour les jeunes du Pôle ?
Concernant les jeunes du pôle, les deux épreuves du Biathlon Summer Tour n'ont pas été convaincantes. Il est vrai que notre groupe est jeune et en majeure partie constitué de jeunes 1 mais des scores catastrophiques au tir ne leur ont pas permis d'atteindre les objectifs espérés.

Seul Rémi Salacroup et Thomas Meunier ont fait des courses honorables. Depuis ces deux week-end de compétitions, nous avons beaucoup travaillé pour combler ces lacunes au tir de façon à espérer peser sur les courses nationales et sélectionner plusieurs athlètes du groupe dans les différents déplacements à l'étranger cet hiver. Je pense qu'ils se sont sérieusement mis au travail et que les plus guerriers d'entre eux vont s'en sortir.

Nous sortons d'un stage sur neige à Bessans où skier leur a fait du bien. La transition sur neige a été rapide et le travail effectué à Corrençon sur une piste de ski-roues avec un relief nordique est visible.
 
Un mot sur les cadets 1 en P.E.I. que tu entraînes au tir ?
Les cadets du PEI sont très agréables à entraîner et accrochent bien avec le tir. La première épreuve de Bessans s'est déroulée dans des conditions de vent très difficiles à maîtriser pour des jeunes de ce niveau de pratique et nos cadets 1 ( PEI et groupe d'observation) ont connu beaucoup de difficultés.

La seconde épreuve à Arçon disputée dans des conditions stables ont permis à Laura Boucaud de s'imposer et à beaucoup d'athlètes du groupe de faire des scores au tir qui ressemblent à ce qu'ils font à l'entraînement. Coline Pasteur et Elia Andréani ont même réalisé le score parfait de10/10.

Même si nous allons nous déplacer cette saison sur les manches nationales cadets avec seulement deux cadets 2 parce que tous les autres athlètes né(e)s en 1999 ont choisi de continuer en fond spécial, je fonde beaucoup d'espoir sur ce groupe cadets pour déjà aller chercher des victoires et des podiums.
 
Depuis ton retour dans le Dauphiné, tu ne t'es jamais exprimé sur ton passage à la tête des équipes de France féminines ?
Je me suis régalé pendant ces deux années, j'ai pris beaucoup de plaisir à me retrouver à nouveau au coeur de ces beaux sites de coupes du monde dans des ambiances exceptionnelles.

J'ai été surpris de la décision de la FFS, on me l'a annoncée le 21 avril, mes programmes d'entraînement étaient prêts et mon programme de stage était établi également. Le motif annoncé était que j'étais quelqu'un de trop stressé, c'est étonnant d'autant plus que l'on me proposait l'entraînement du tir du groupe B et on ne confie pas l'entraînement du tir à un stressé. C'est dur à entendre d'autant plus que c'est un peu mon cheval de bataille, le travail mental et l'attitude à avoir à ce niveau. Il y a certainement une vraie raison que je ne connais pas.

Pendant ces deux années, je m'entendais très bien avec les autres membres du staff. Je me suis régalé à orchestrer l'implication de tous les kinés, tous les techniciens, les nôtres plus ceux des marques, tous très dévoués autour des athlètes. L'ambiance était bonne. Je me suis régalé même si ma tâche n'a pas été simple. J'ai connu une première année de mise en route avec une obligation de faire mes preuves et mes marques à prendre dans un rôle qui était un peu different de celui que j'avais occupé jusqu'alors au comité.

A l'issue d'une première année qui s'était soldée par des progrès significatifs pour l'ensemble de l'équipe. Marie était de retour sur des podiums individuels et finissait 4ème du classement général de la coupe du monde. Anaïs Bescond qui s'était bien améliorée dans les deux disciplines était 17ème. Je savais en arrivant que ce ne serait pas facile avec peu de densité chez les filles à ce moment-là et le sur-entraînement de Marie-Laure. Marie-Laure était le leader charismatique de l'équipe, et sans le vouloir vraiment, avait toujours protégé tout le monde. Elle a toujours supporté le poids des grands rendez-vous. Une équipe sans leader affirmé est plus difficile à conduire. A l'issue de cette première année, je dois dire que je n'avais rien résolu la concernant.

La deuxième année avec un peu de réussite aurait pu être très belle. La veille de la blessure de Marie, celle-ci faisait le meilleur temps de ski devant Domracheva lors du relais mixte d'Ostersund où à l'issue du passage des filles, le relais français avait 50 secondes d'avance sur la deuxième équipe. La préparation s'était bien déroulée et avec une année de plus pour bien les cerner, j'étais satisfait des options prises à l'entraînement. Marie-Laure était mieux que la saison précédente. Et puis, il y a eu cette foutue entorse de Marie qui l'a privée de ski et de compétitions pendant deux mois. Pendant ce temps, sans la numéro 1 du groupe, le relais montait sur le podium à Hochfilzen, Marie-Laure montait de nouveau sur un podium et, ça faisait six ans que l'on attendait une victoire lors d'une course individuelle, Anaïs Bescond gagnait le sprint d'Anterselva.

Les Jeux sont arrivés un peu tôt pour Marie, malgré un super travail du staff médical de la FFS et des kinés de l'équipe. Marie était correcte physiquement, elle faisait à Sochi, des temps de ski similaires à ce qu'elle avait réalisé l'année d'avant. Anaïs Bescond a couru à Sochi avec une pression auquelle elle n'avait jamais été confrontée jusqu'à maintenant et a fait de beaux jeux malgré tout avec deux cinquièmes places et des temps de ski très bons (deux fois 4ème temps de ski) sur une piste pas vraiment faite pour ses qualités. Marine Bolliet et Anaïs Chevalier endossaient leurs premiers dossards à ce niveau et se débrouillaient plutôt bien. Ce qui est arrivé à Marie-Laure n'était pas prévisible et l'ensemble des filles ont eu un super comportement à son égard.

On finissait très bien la saison, comme on l'avait commencé, par un podium de Marie cette fois-ci qui avait résolu au tir debout sur cette course, les petits soucis qu'elle rencontrait régulièrement depuis son retour. En fait, pour faire des médailles aujourd'hui, il faut tirer au-dessus de son niveau le jour des grands championnats, c'est ce qu'a merveilleusement bien fait Domracheva avec ses trois 19/20 les jours de la poursuite, de la course individuelle et de la mass start et c'est ce que nous ne sommes pas arrivés à faire.

La fin de la saison, je l'ai vécu avec le soutien de tous et le regard pointé vers l'avenir, et puis il y a eu ce coup de fil le 21 avril qui m'a stoppé dans mon élan. Cela a été très dur, mais aujourd'hui la page est tournée. Je suis désormais bien plus auprès de ma femme et de mes trois enfants et c'est bien mieux ainsi.

Je n'ai pas toujours une bonne mémoire mais je me souviendrai toujours de cette poursuite olympique maîtrisée par Martin avec Jean-Guillaume en troisième position. C'était juste un rêve qui se réalisait. Je me souviendrai toujours des podiums et des regards rieurs de toutes les filles que j'ai entraînées. Durant ces deux années, il y a toujours eu une grande complicité entre elles. J'ai beaucoup de regrets que Marie-Laure ait choisi d'arrêter sa carrière et je vais désormais soutenir ce groupe de loin, qui devra faire, et c'est la meilleure chose qui puisse arriver au biathlon feminin, avec les jeunes talentueuses qui montent. Je suis persuadé que cette équipe a un bel avenir et je leur souhaite le meilleur. Cette saison, six filles qui ont pris des médailles à Sochi ne vont pas skier cet hiver, et en cette année post olympique, je pense que les opportunités seront nombreuses pour briller et les Françaises ont les qualités pour les saisir. Ce que je retiens de ces deux saisons, c'est une solidarité du staff pour prendre les bonnes décisions autour des athlètes. J'ai fait la connaissance de quatre techniciens formidables plus deux autres lors des grands rendez-vous et d'une équipe de kinés fantastiques pour remettre les athlètes sur pied. L'Equipe de France est une machine bien huilée et bien gérée.

Je continue aujourd'hui à me régaler avec beaucoup de motivation, aidé dans ma tâche par Bastien Moretti, pour propulser, comme c'était le cas jusqu'en 2012, un maximum de petits Dauphinois dans les groupes nationaux.